Publié le 24 Mars 2017

Dans les méandres du PVCDans les méandres du PVC

Au commencement : un ruban de machine à écrire.

Il y a des gestes qui dans un parcours artistique ont des conséquences parfois inattendues. Cela a été le cas, en 2015, avec une cartouche de ruban de machine à écrire retrouvée à la maison que j’ai ouvert par curiosité… Quelle n’a pas été ma surprise de découvrir à l’intérieur le dessin de ce ruban se torsadant dans un jeu de méandres que la machine avait composé au fur et à mesure de l’usure du ruban.

Formellement très intrigué par ce dessin, je me suis questionné pour trouver une solution afin d’obtenir formellement ce type d’envahissement ?

 

Du PVC pour dessiner autrement…

En 2015, pour l’exposition duo Traits tirés réalisée à la Galerie Duchamp à Yvetot avec Pierre-Alexandre Remy : nous avons eu la volonté de mettre en place plusieurs œuvres communes, réalisées à quatre mains.

L’une d’entre elle -Tectonique des plaques- venait confronté dans un bas relief des plaques en acier galvanisé découpées par Pierre-Alexandre avec du ruban en PVC souple déroulé par moi même.

 

Tectonique des plaques – 2015 / Haut relief réalisé avec Pierre-Alexandre RemyTectonique des plaques – 2015 / Haut relief réalisé avec Pierre-Alexandre Remy

Tectonique des plaques – 2015 / Haut relief réalisé avec Pierre-Alexandre Remy

A l‘époque, je cherchai en quantité de la longueur de bande d’un matériau souple, capable de se dérouler pour créer par superpositions des couches de volutes à l’image de ma cartouche de machine à écrire. Ma réflexion avançant le PVC m’apparu une solution envisageable.

Et après quelques recherches internet, je suis tombé de façon hasardeuse sur cette entreprise Cifra   (www.cifra.fr) de la région Picardie spécialisée dans le calandrage industriel de PVC en rouleau… J’ai aussitôt pris contact avec l’entreprise et j’ai eu la chance, ce jour là, de tomber directement sur le directeur qui face à ma demande m’a tout simplement donné rendez-vous sur son site, à Château-Thierry, afin que je vienne moi-même me servir dans les rouleaux de PVC destinés au recyclage.

Dans les méandres du PVC

Depuis un matériau toujours d’actualité.

Si dans un premier temps je ne savais pas pour autant clairement ce que j’allais pouvoir, ni comment travailler avec le PVC, c’est à force de manipulation que j’ai appris à mieux connaître ce matériau.

Le PVC est électrostatique, il a la fâcheuse tendance à récupérer toutes les poussières environnantes qui trainent. De plus découpé en bande et contraint dans des sinuosités répétées par tassement dans une boite il se révèle être un matériau très « vivant », qui plus est avec le temps se tasse…

Et si très vite j’ai pu percevoir dans l’accumulation des couches successives de PVC disposé à champ tout le potentiel et la beauté de la saturation bleuté que procure ce matériau transparent : je me suis vite aussi aperçu que pour remplir un cadre se serait des centaines de mètres de ruban qu’il me faudrait.

 

 

Des pistes de recherche à développer.

A ce jour, plusieurs pistes de travail ont émergé du matériau lui-même. Guider par la souplesse du PVC, j’ai renouvelé mon approche du dessin en contraignant le matériau dans un cadre. Les formes obtenues sont dessinées par l’expansion, la croissance du matériau lui même qui à tendance à créer une organisation structurelle interne à chaque tableau.

Mon approche n’est autre que de saturer, remplir l’espace imparti du cadre-vitrine en déroulant du PVC. L’intérêt pour moi est d’utiliser et employer le PVC pour ses caractéristiques physiques afin de créer des envahissements aux structures sinueuses et au caractère biomorphique pouvant s’apparenter à des turbulences.

Dans les méandres du PVC

Le matériau imposant sa propre structure : des zones de flux se créent et l’envahissement successif des méandres dans l’espace du tableau fait apparaître le dessin. Et c’est à chaque remplissage un plaisir renouvelé de découvrir une nouvelle « zone de turbulence ».

zone de turbulence – 2016 / 60X80 cm - PVC déroulé

zone de turbulence – 2016 / 60X80 cm - PVC déroulé

zone de turbulence – 2017 / 30X30 cm - PVC déroulé (série de 10 dessins)

zone de turbulence – 2017 / 30X30 cm - PVC déroulé (série de 10 dessins)

Cyanotype - 2016 / 30X40cm chacun (série de 20 tirages)

Cyanotype - 2016 / 30X40cm chacun (série de 20 tirages)

Le cyanotype est un procédé photographique monochrome négatif ancien, par le biais duquel on obtient un tirage photographique bleu de Prusse, bleu cyan. Cette technique a été mise au point en 1842.

En projet : Plateau - table 80 X 160 cm, tréteaux et PVC souple (photomontage)

En projet : Plateau - table 80 X 160 cm, tréteaux et PVC souple (photomontage)

Rédigé par Olivier Michel

Publié le 20 Juin 2016

AUTANT QUE FAIRE SE PEUT / Galerie-Artothèque Pierre Tal-Coat d'Hennebont

Exposition visible du 11 juin au 23 juillet 2016.

En collaboration avec la galerie Réjane Louin.

Pour l’exposition Autant que faire se peut ma volonté a été de proposer au regard d’une sélection d’œuvres sur papier des propositions qui ont envahi l’espace de la galerie.

Et c’est quatre propositions spatiales qui ont été réalisées in situ, spécialement pour l’occasion.

Une manière de confronter et faire dialoguer le motif du dessin, dans sa forme classique d’une trace sur du papier à des expansions dans l’espace. Créant un jeu formel d’aller/retour, un écho entre les différents motifs.

Vues de l'exposition
Vues de l'exposition
Vues de l'exposition
Vues de l'exposition

Vues de l'exposition

>> Dessin au feutre, agrandissement d’un dessin tiré de la série Dérapages Contrôlés.

AUTANT QUE FAIRE SE PEUT / Galerie-Artothèque Pierre Tal-Coat d'Hennebont

>> Dessin réalisé avec 1500 bandes de papier sérigraphié au motif des Verdures.

AUTANT QUE FAIRE SE PEUT / Galerie-Artothèque Pierre Tal-Coat d'Hennebont

>> Dessin réalisé avec 2724 gommettes rouges reprenant un motif de Moirage.

Réalisée avec le soutien de l’imprimerie IRG (Amiens) qui m’a offert gracieusement les gommettes.

AUTANT QUE FAIRE SE PEUT / Galerie-Artothèque Pierre Tal-Coat d'Hennebont

>> Dessin réalisé avec un rouleau de PVC, déroulé au sol et s’inspirant du motif qui compose la série Zone de turbulence. Oeuvres réalisées avec le soutien de l’entreprise Cifra (Château-Thierry) qui me fournit gracieusement en PVC.

Zone de turbulence - 2016 / PVC déroulé (série de 15 tableaux)

Zone de turbulence - 2016 / PVC déroulé (série de 15 tableaux)

Rédigé par Olivier Michel

Publié le 20 Juin 2016

La Galerie 3A a choisi le paysage comme espace de recherches artistiques. Plusieurs expositions en région ont déjà permis de poser cet axe et de présenter différentes démarches.

L’exposition « Paysages cassés » envisage le paysage autrement que beau et arcadien. Tout en évoquant les évènements de la Première Guerre Mondiale, « cassés » introduit la rupture, la brisure, la fêlure, désigne décombres et débris, exacerbe la détérioration voire l’anéantissement.

Les œuvres proposées abordent des paysages aux climats menaçants, conflictuels, mélancoliques ou encore obscurs. Issues de différents médium (vidéo, son, dessin, installation, céramique, gravure, peinture), elles jettent le trouble sur la représentation du paysage et ses codes séculaires.

Exposition visible du 1er juin au 6 novembre 2016 à la Maison de la Culture d'Amiens.

Zone de perturbation - 2016 / dessin mural réalisé en 5 strates
Zone de perturbation - 2016 / dessin mural réalisé en 5 strates

Zone de perturbation - 2016 / dessin mural réalisé en 5 strates

Au départ une série de boucles se déployant sur la longueur tel un rhizome ; une colonne vertébrale sur laquelle s’appuie et se construit dans un jeu de superpositions 3 strates supplémentaires composées de motifs prélevés de dessins antérieurs chez l’un et chez l'autre. Quant à la dernière strate réalisée en dorée : elle provient du dessin numérique « Traits tirés » réalisé lors de ma collaboration avec l’artiste Pierre-Alexandre Remy. (cf. article Traits tirés : Galerie Duchamp/Yvetot.)

À l’aveugle, accordé ou par strate…

Voici quelques mots choisis pour décrire le processus du dessin à quatre mains.

Il s’agit d’abord d’une rencontre graphique : Olivier Michel et Anna Buno dessinent ensemble à l’image d’une correspondance régulière.

Ils déploient en série leurs résonnances graphiques qui consistent à mêler deux pratiques du dessin, ces dernières se faisant échos sur de nombreux points, tout en se distinguant par des identités graphiques propres.

De cette rencontre, les écritures s’entremêlent pour faire surgit un dessin à la paternité double, un mélange, aux formes devenues irréversibles et indissociables, prise dans le même chaos.

Superposer, compléter, parasiter, perturber, interroger sont les maîtres mots d’une collaboration qui permet d’ouvrir un champ d’expérimentations pour créer une œuvre graphique naissant de ce maillage.

Ils proposeront Zone de perturbation, un dessin mural réalisé à l’occasion de l’exposition collective Paysages Cassés organisé par la Galerie 3A à la Maison de la culture d’Amiens.

Anna Buno - 2016

PAYSAGES CASSES / Galerie 3APAYSAGES CASSES / Galerie 3A
PAYSAGES CASSES / Galerie 3APAYSAGES CASSES / Galerie 3APAYSAGES CASSES / Galerie 3A

Rédigé par Olivier Michel

Publié le 21 Septembre 2015

ENTROPIE - Culture à la ferme / Beauquesne

Deux formes distinctes qui s'associant créent une nouvelle forme dont les éléments deviennent indissociables : c’est l’entropie. Anna Buno et Olivier Michel en proposent une interprétation au sens d’une activité de dessin les rejoignant l’un et l’autre.

Le terme « mélanger » résonne par cette volonté de mêler deux pratiques respectives du dessin, ces dernières se faisant échos sur de nombreux points, tout en se distinguant par des identités graphiques propres.

De cette rencontre, les écritures s’entremêlent pour faire surgit un dessin à la paternité double, un mélange, aux formes devenues irréversibles et indissociables, prise dans le même chaos.

Superposer, compléter, parasiter, perturber, interroger sont les maîtres mots d’une collaboration qui permet d’ouvrir un champ d’expérimentations pour créer des œuvres graphiques naissant de ce travail à quatre mains.

Une sélection de dessins, résultat de nos recherches, est exposée dans le grenier à grains au regard d’une installation éphémère composée de dessins imprimés et roulés. Dans une confusion de cylindres Entropie envahit l’espace, dans une accumulation réalisée spécialement pour le lieu.

sélection de dessins réalisés à 4 mains (photos : Irwin Leullier)
sélection de dessins réalisés à 4 mains (photos : Irwin Leullier)
sélection de dessins réalisés à 4 mains (photos : Irwin Leullier)
sélection de dessins réalisés à 4 mains (photos : Irwin Leullier)
sélection de dessins réalisés à 4 mains (photos : Irwin Leullier)
sélection de dessins réalisés à 4 mains (photos : Irwin Leullier)
sélection de dessins réalisés à 4 mains (photos : Irwin Leullier)
sélection de dessins réalisés à 4 mains (photos : Irwin Leullier)

sélection de dessins réalisés à 4 mains (photos : Irwin Leullier)

recto & verso de l’affiche imprimée à 850 exemplaires

recto & verso de l’affiche imprimée à 850 exemplaires

vue de l’installation dans le grenier à grains à Beauquesne

vue de l’installation dans le grenier à grains à Beauquesne

Rédigé par Olivier Michel

Publié le 20 Mars 2015

types pliages réalisés pour l'installation

types pliages réalisés pour l'installation

Laisse de mer

Ni la mer ni la terre, un peu des deux ? La laisse de mer est sur une marge comme la rature de la nature. Elle est le résultat de l'accumulation par la mer de débris naturels ou d'origine anthropique, drossés à la limite supérieure du flot. Dans de nombreux pays, la laisse de basse mer est en effet utilisée pour cartographier la limite, une ligne imaginaire qui se fait la frontière entre la terre et la mer.

La marge comme territoire et la ligne comme frontière. L’œuvre Laisse de mer interroge le territoire dans sa délimitation, dans sa rencontre d’espaces mais aussi au sein même de cette ligne, dans son espace propre de dessin, celui de son griffonnage.

Dans le cadre du 7ème printemps des poètes, l’artiste Olivier Michel en collaboration avec la jeune artiste Anna Buno proposent de mêler leur pratique du dessin et de s’emparer de cet espace de la frontière pour réaliser une installation faite de dessins pliés, roulés, découpés, déchirés, froissés... et de figurer par accumulation au sol une laisse de mer. Le dessin devient le rebut qui constitue cette ligne foisonnante, le point qui compose d’une forme à une autre, qui se mélange pour dessiner avec le dessin, l’espace de la ligne.

Laisse de Mer : Chapelle des Jésuites / EU
affiche 70 X 100 cm tirée à 1500 exemplaires (recto : Olivier Michel / verso : Anna Buno)

affiche 70 X 100 cm tirée à 1500 exemplaires (recto : Olivier Michel / verso : Anna Buno)

Laisse de Mer : Chapelle des Jésuites / EU
Vues de l’installation dans la chapelle des Jésuites / Eu
Vues de l’installation dans la chapelle des Jésuites / Eu
Vues de l’installation dans la chapelle des Jésuites / Eu
Vues de l’installation dans la chapelle des Jésuites / Eu
Vues de l’installation dans la chapelle des Jésuites / Eu
Vues de l’installation dans la chapelle des Jésuites / Eu
Vues de l’installation dans la chapelle des Jésuites / Eu
Vues de l’installation dans la chapelle des Jésuites / Eu

Vues de l’installation dans la chapelle des Jésuites / Eu

« Balayage »- 2015 / vidéo réalisée lors du démontage de l'oeuvre "Laisse de mer"

Rédigé par Olivier Michel

Publié le 16 Février 2015

Tapis coco disposé à l’entrée.

Tapis coco disposé à l’entrée.

L’installation Kif-Kif est une invitation à la déstabilisation, à la perte de repères et à la mise en abîme. S’appuyant sur la symétrie apparente de nos salles d’exposition, l’artiste nous fait la proposition d’un « face à face », d’un « copié - collé » d’accrochage de dessins qui pourrait nous faire nous exclamer : « Tout ça, c’est kif-kif ! ».

C’est dans cet interstice que se glisse le travail d’Olivier Michel. La répétition du motif et son obsession du geste amènent l’artiste dans des contrées conceptuelles. Usant de médiums multiples, l’artiste nous convie à revisiter un lieu familier et à reconsidérer l’espace et ses aspérités.

Marie-Josée Gilbert - Directrice de l’école d’art de Saint-Omer

Exposition visible du 7 février au 27 mars 2015

Plan des salles d’exposition de l’école d’art de Saint-Omer.

Plan des salles d’exposition de l’école d’art de Saint-Omer.

Différentes vues de l’installation "Kif-Kif » dans la salle A.

Différentes vues de l’installation "Kif-Kif » dans la salle A.

Différentes vues de l’installation "Kif-Kif » dans la salle B.

Différentes vues de l’installation "Kif-Kif » dans la salle B.

Photographies des jumelles Jeanne & Zélie dans l’exposition Kif-Kif

Photographies des jumelles Jeanne & Zélie dans l’exposition Kif-Kif

Publié le 2 Février 2015

Traits tirés - 2015 dessin numérique d’Olivier Michel et Pierre-Alexandre Remy

Traits tirés - 2015 dessin numérique d’Olivier Michel et Pierre-Alexandre Remy

Cette exposition réalisée en collaboration avec Pierre-Alexandre Rémy a pour point d’ancrage une vieille carte du département trouvée dans les bureaux de la Galerie Duchamp que les couleurs passées ont contribué à abstraire. Elle est le résultat d’un échange de dessins numériques par mail, un paysage en dialogue, mêlant nos champs de recherches respectifs à savoir la sculpture pour Pierre-Alexandre Remy et le dessin pour Olivier Michel.

Exposition visible du 14 Janvier au 18 Février 2015 à la Galerie Duchamp

Volume réalisé avec Pierre-Alexandre Remy à partir de notre dessin

Volume réalisé avec Pierre-Alexandre Remy à partir de notre dessin

Sans titre - 2015 dessins technique mixte / photos : Nicolas Pfeiffer
Sans titre - 2015 dessins technique mixte / photos : Nicolas PfeifferSans titre - 2015 dessins technique mixte / photos : Nicolas PfeifferSans titre - 2015 dessins technique mixte / photos : Nicolas Pfeiffer

Sans titre - 2015 dessins technique mixte / photos : Nicolas Pfeiffer

Faviidae (six dessins 40 X 50cm + détail) - 2015 collage d’oeillets sur verre / photos : Nicolas Pfeiffer

Faviidae (six dessins 40 X 50cm + détail) - 2015 collage d’oeillets sur verre / photos : Nicolas Pfeiffer

Entre-deux

Il est rare, lors d’une exposition « en duo », que les œuvres présentées entretiennent des liens si organiques qu’il est parfois difficile, sans le recours à la lecture des cartels, d’en attribuer la paternité à l’un ou l’autre artiste. La chose est d’autant plus étonnante, s’agissant des œuvres de Pierre-Alexandre Rémy et d’Olivier Michel, que ces derniers explorent des champs a priori assez éloignés, tant par les médiums qu’ils mobilisent (sculpture pour le premier, dessin pour le second — pour le dire vite), que par les préoccupations qu’ils manifestent et les méthodologies qu’ils mettent en œuvre (et sur lesquelles on se propose de revenir ici).

À Yvetot, ces champs, médiums, préoccupations et méthodologies, Olivier Michel et Pierre-Alexandre Rémy ont pris le parti de les mettre en partage. Au lieu de ne réunir dans la Galerie Duchamp que des œuvres préexistantes, ils ont fait le choix de s’associer autour d’un projet commun spécifique — Traits tirés. Celui-ci s’ancre d’abord dans un intérêt partagé pour la ligne, et son expansion dans l’espace. En amont de l’exposition, ce projet commun s’est progressivement pensé et contruit à travers une correspondance nourrie, au cours de laquelle les deux artistes, depuis leur atelier respectif, se sont échangé par mail, comme dans un jeu de ping-pong, de nombreux dessins numériques.

Mais peut-être faut-il, avant d’aller plus loin, s’attarder un instant sur le choix de ce titre, Traits tirés, et sur les potentiels de significations qu’il fait surgir et s’entremêler.

Traits tirés : tracés inscrits à la surface du papier, du mur, mais aussi projetés à travers l’espace — trajectoires, flèches décochées.

Traits tirés : si l’on fait un pas de côté, vers un autre emploi de l’expression, c’est l’irruption d’un certain rapport à la fatigue et donc au corps qui s’immisce là, presque par inadvertance — qui réintroduit dans ces deux œuvres radicalement abstraites le corps de l’artiste, et sa mise à l’épreuve par la résitance que lui opposent les matériaux ou la litanie du processus.

Traits tirés, c’est enfin le titre de plusieurs des œuvres présentées : un petit assemblage mural d’Olivier Michel ; un relief de dimensions plus importantes associant des éléments préexistants issus de la pratique des deux artistes ; une suite de dessins numériques, fruit de leur collaboration en amont de l’exposition ; et une grande pièce murale conçue et réalisée sur place par Olivier Michel et Pierre-Alexandre Rémy.

Plusieurs œuvres résultent en effet de l’étroite collaboration des deux artistes. Elle a conduit chacun d’eux à reconsidérer et déplacer sa propre pratique, à l’ouvrir à celle de l’autre. Un événement fortuit mais bienvenu a fourni une « accroche » commune et stimulante : la découverte, dans les bureaux de la galerie, d’une vieille carte géographique du département, aux couleurs fanées. Trouvant son origine dans les codes graphiques propres à la cartographie et la configuration particulière de la zone géographique représentée, une forme aux contours sinueux et compliqués constitue l’un des vecteurs de partage et d’échange entre les deux artistes.

Déclinée d’une œuvre à l’autre, tel un module tantôt complet tantôt partiel, tantôt plein tantôt ajouré, dessiné sur le papier, peint au mur ou découpé dans divers matériaux, cette forme curvilinéaire non identifiable est le fruit de l’isolement et du prélèvement, sur la carte géographique du département, du contour d’une zone de dépôt d’alluvions née d’un ancien méandre de la Seine. Pour autant, les œuvres produites avec cette forme (avec et non pas à partir d’elle) ne visent aucunement à figurer ou illustrer le territoire représenté par la carte. Reproduite, déplacée, multipliée, recoupée, elle a été prétexte à un processus d’appropriation, de déplacement, de multiplication, d’altération, de recouvrement…

C’est d’un travail de sédimentation qu’il s’agit, dans lequel la forme « module » subit tellement de manipulations qu’elle demeure assez peu identifiable en tant que telle dans les œuvres achevées — une forme fantôme en somme, en creux. À travers elle, la cartographie et ses codes de représentation font le lien entre espace plan d’inscription des « traits » et espace en trois dimensions des trajectoires « tirées ».

L’observation des représentations cartographiques est fréquente dans la démarche de Pierre-Alexandre Rémy, qui en tire des éléments graphiques ensuite combinés aux autres caractéristiques qu’il relève dans le site où viennent prendre place ses sculptures. Il pointe ainsi l’écart entre les images d’un territoire donné (vues « satellite », cartes IGN) et l’expérience sensible directe de ce territoire.

Le recours à la cartographie est plus exceptionnel chez Olivier Michel. Au départ, la prolifération organique vise, chez Olivier Michel, à « obstruer l’espace par le dessin », en recourant à un « motif générateur », dont chacun constitue un élément d’un langage graphique élémentaire : boucle, croix, point, tiret, cercle… Celui-ci est reproduit, multiplié sur différents supports (carnet, feuille de papier, post-it, vitre, mur…), souvent jusqu’à saturation de l’espace.

À y regarder de plus près cependant, le dessin chez ce dernier est davantage une manière d’arpenter l’espace où il s’inscrit. Et même davantage : revenant sans cesse sur lui-même dans la série des Corolles (2011) par exemple, le tracé s’appuie sur ses propres circonvolutions, se porte lui-même, dessine à mesure qu’il progresse son territoire insulaire en expansion. Traçant la carte, il invente le territoire — il l’invente, au sens d’une découverte, comme on peut le dire d’un archéologue ou d’un explorateur.

Les sculptures de Pierre-Alexandre Rémy présentent également ce caractère exploratoire de l’espace : toujours très « poreuses », elles circonscrivent moins une forme qu’elles n’ouvrent un espace dans les entrecroisements des parcours et trajectoires multiples qu’elles matérialisent. Cormor (2014) semble ainsi résulter de la saisie instantanée du flottement d’un entrelacs de chaînes animé d’une capacité à se dresser et mouvoir dans l’espace de manière autonome. Bas relief (2015), une sculpture murale faite de tubes en verre reliés entre eux par des manchons d’élastomère, suivant des configurations chaque fois différentes, est un circuit traversé à la fois par l’espace, l’air et la lumière. S’y fait sentir à distance, comme dans d’autres œuvres de Pierre-Alexandre Rémy, l’apport de Richard Deacon, moins dans un rapport formel que dans un intérêt partagé pour les corps fluides, instables, et leurs mouvements.

Mouvements et trajectoires matérialisés trouvent leur pendant dans le parcours, l’arpentage sans cesse réitéré de la feuille par Olivier Michel. La série des Corolles en fournit plusieurs exemples, et l’artiste réinvente son geste dans les collages sur verre de la série Faviidae (2014), travaillés à-demi « à l’aveugle », depuis le verso, ou encore dans l’imposante pièce murale Tectonique des plaques co-réalisée in situ avec Pierre-Alexandre Rémy : le dessin y est pris en charge par la tranche d’une multitude de rubans de PVC translucides et souples, dont les ondoiements quasi liquides sont suspendus entre deux « îles » de métal brossé.

Toute trajectoire implique une certaine vitesse, et chacun des deux artistes semble entretenir un rapport spécifique à cette caractéristique du mouvement : dans les sculptures de Pierre-Alexandre Rémy, on observe souvent des « accélérations » — qu’il s’agisse des spirales tourbillonnantes d’À tour de bras, des barres de tension étayant les circonvolutions d’Un alluvion, ou encore des pics hérissés autour de Signal dardant.

Chez Olivier Michel en revanche, il faudrait davantage parler de trajectoires lentes : la litanie des motifs répétés et des boucles sans fin (mise en scène dans Monotype vidéo, 2011), le contraste d’échelles entre la minutie compulsive du geste et les surfaces à couvrir, contribuent à rendre perceptible l’écoulement du temps, auquel sont conférés l’épaisseur et le caractère tangible de l’espace.

Du mouvement à la trajectoire puis à la recherche de « perte de contrôle », du « bégaiement graphique » de la boucle (selon l’expression de Judith Michalet) à la vrille générée par sa reprise ininterrompue, et de là au « dérapage contrôlé », il n’y a qu’un pas, qu’Olivier Michel franchit dans la série de dessins éponymes (2014). Pour cela il emploie en le déréglant un outil de dessin enfantin — un « spirographe », dont l’usage initial permet d’obtenir d’infinis entrelacs de boucles. Ici équipé de deux stylos, l’appareil est « lancé » par l’artiste — comme on lance une toupie —, et les traînés discontinues qui subsistent à l’issue de ce « lancement » constituent l’enregistrement de l’impulsion initiale et de ses retombées. Ces traces sont ensuites méticuleusement reprises à petits coups de stylo ; « écheveau chaotique de lignes fracturées », chaque dessin envisagé depuis quelque distance ressemble à une configuration momentanée de ces vols rassemblant des milliers d’étourneaux — dont la série, à la manière des photographies d’Etienne-Jules Marey fixant les mouvements de l’air, établirait l’improbable mais rigoureux inventaire.

Pour autant, le dessin d’Olivier Michel, radicalement abstrait, dénué de toute volonté expressive, mêlant mécanique et spontanéité, témoigne d’une recherche de distance, de retrait de leur auteur — à laquelle participent, en définitive, les aléas dans le processus réglé que ne manquent pas d’introduire, par fatigue, dérèglement ou maladresse, la main et l’outil à l’œuvre. Cette mise à distance est ici amplifiée par le choix (de toute façon indiscernable, et d’abord motivé par des raisons techniques) de présenter des fac-similés de ses dessins.

Cette tension entre système et indétermination chez Olivier Michel peut sans doute être mise en parallèle avec le constant balancement entre logique constructive et caractère organique dans les sculptures de Pierre-Alexandre Rémy. La façon dont ces dernières sont construites importe en effet : l’artiste veille à laisser visibles les signes de fabrication, les éléments d’assemblage (platines, boulons, écrous, traces de soudure…). L’emploi de matériaux aux qualités et propriétés antagonistes (élastomère, acier, céramique…) ne manque pas de générer des tensions, lesquelles contribuent largement à déterminer le « dessin » final de l’œuvre (Un alluvion, 2015). Ces tensions combinées qui maintiennent les sculptures érigées reposent d’ailleurs fréquemment sur des inversions de rapports entre les matériaux : ainsi dans À tour de bras (2015), c’est le ruban d’élastomère qui, bien que souple, met en tension la structure métallique et lui permet de se maintenir dressée. À l’instar des dessins (Corolles, 2011) et des collages (Faviidae, 2014) d’Olivier Michel, À tour de bras donne d’ailleurs le sentiment de prendre davantage appui sur elles-mêmes que sur le sol, avec lequel le contact est le plus souvent réduit au minimum (Cormor, 2014 ; Un alluvion, 2015). Entre souplesse et rigidité, élévation et chute, ces sculptures opposent souvent de véritables défis à la pesanteur, ou offrent un contrepoint à la structure du bâti environnant.

Certes, les confrontations et ruptures d’échelle avec l’architecture demeurent davantage perceptibles, chez Pierre-Alexandre Rémy comme chez Olivier Michel, dans leurs interventions réalisées en extérieur (notamment dans l’espace public). Toutefois les décalages et ruptures d’échelle sont également induits par les interférences constantes de leurs œuvres avec les structures microscopiques (végétaux, bactéries, minéraux…) — la silhouette « virale » de Signal dardant, les enroulements sans fin des Corolles en fournissent deux exemples dans l’exposition.

Reste que cette relation au bâti est principalement prise en charge par les grands reliefs muraux co-réalisés par Olivier Michel et Pierre-Alexandre Rémy. Ainsi Tectoniques des plaques (2015) s’appuie sur un décrochement du mur et en tire son épaisseur. À l’étage, mais visible dès le bas de l’escalier, Traits tirés (2015) joue avec les points de vue successifs qu’occasionnent les déplacements du visiteur, et leur capacité à générer des configurations changeantes — topographies et écritures imbriquées ; de l’ombre au dessin, du dessin à l’espace.

Une telle imbrication d’écritures singulières mérite pour finir qu’on s’y attarde encore un peu. Elle est non seulement assez rare, au point de troubler les velléités d’attribution, mais elle révèle l’étonnant degré de cohérence — de connivence même — dans la démarche commune initiée par Olivier Michel et Pierre-Alexandre Rémy. Au-delà du dialogue très fin entre leurs œuvres, ils font ainsi preuve de leur capacité à ménager un « entre-deux » : un territoire qui n’appartient ni tout à fait à l’un, ni tout à fait à l’autre. À mi-chemin de l’un et de l’autre, les reliefs muraux, à la paternité partagée, parviennent à produire une synthèse quasi organique — ce qui, au-delà des problématiques liées à la notion d’auteur, témoigne d’une attention réciproque et d’une disponibilité à l’autre.

Et cette attention, cette disponibilité, ne sont pas les moindres qualités des œuvres de Pierre-Alexandre Rémy et Olivier Michel, que l’exposition Traits tirés offrait généreusement en partage.

Cédric Loire - 2015

Vues de l’exposition - photos : Nicolas Pfeiffer
Vues de l’exposition - photos : Nicolas Pfeiffer
Vues de l’exposition - photos : Nicolas Pfeiffer
Vues de l’exposition - photos : Nicolas Pfeiffer
Vues de l’exposition - photos : Nicolas Pfeiffer
Vues de l’exposition - photos : Nicolas Pfeiffer
Vues de l’exposition - photos : Nicolas Pfeiffer
Vues de l’exposition - photos : Nicolas Pfeiffer
Vues de l’exposition - photos : Nicolas Pfeiffer
Vues de l’exposition - photos : Nicolas Pfeiffer
Vues de l’exposition - photos : Nicolas Pfeiffer
Vues de l’exposition - photos : Nicolas Pfeiffer
Vues de l’exposition - photos : Nicolas Pfeiffer

Vues de l’exposition - photos : Nicolas Pfeiffer

Publié le 5 Septembre 2014

Parasitages : ferme du Mousseau / Elancourt
Parasitages : ferme du Mousseau / ElancourtParasitages : ferme du Mousseau / Elancourt

Ce travail est le fruit d’une résidence de création durant l’été à la Ferme du Mousseau, partagée avec le plasticien Emmanuel Rivière. Nous avons fait le choix de travailler de concert, mêlant notre vocabulaire de formes et nos écritures, chacun prenant le risque de voir sa propre pratique du dessin perturbée, entâchée, parasitée par l’autre.

Du parasitage à la symbiose

Cette exposition est née d'une rencontre.

Une rencontre entre deux pratiques artistiques établies, entre deux artistes qui prennent le risque du travail en commun, du travail à quatre mains.

Durant trois semaines, en août, Olivier Michel et Emmanuel Rivière ont partagé leur temps et leur espace en travaillant ensemble dans le même atelier, avec vue sur la Galerie.

Chacun est arrivé avec dans ses bagages sa pratique artistique, ses idées, ses outils, ses images de référence, et les a partagés avec l'autre. Ils ont multiplié les expériences graphiques, accueillant avec gourmandise les surprises visuelles produites par différents « accidents ». Les supports utilisés sont très variés : du papier blanc grand format à la petite plaque d’aluminium, en passant par le verre, le bois et même la pierre. Les superpositions de supports translucides, les décalages dans ces superpositions, produisent des effets de trames, de textures, d’une grande richesse. A l’origine construite autour de l’idée d’un parasitage mutuel entre deux univers graphiques distincts, avec un intérêt porté à l’acception scientifique du terme (comment un organisme se développe sur un autre), cette exposition a révélé un état de relation entre ces deux univers qui relève plutôt de la symbiose.

Marie Lavault - Directrice des Arts Plastiques

Exposition visible du 3 octobre au 9 novembre 2014

à la Galerie de la Ferme du Mousseau à Elancourt

                    technique mixte - 30 X 40 cm chacun
                    technique mixte - 30 X 40 cm chacun
                    technique mixte - 30 X 40 cm chacun
                    technique mixte - 30 X 40 cm chacun
                    technique mixte - 30 X 40 cm chacun
                    technique mixte - 30 X 40 cm chacun
                    technique mixte - 30 X 40 cm chacun
                    technique mixte - 30 X 40 cm chacun
                    technique mixte - 30 X 40 cm chacun
                    technique mixte - 30 X 40 cm chacun
                    technique mixte - 30 X 40 cm chacun
                    technique mixte - 30 X 40 cm chacun

technique mixte - 30 X 40 cm chacun

sérigraphie, blanco et feutre sur page de cahier - 17 X 22 cm (série de 28 dessins)

sérigraphie, blanco et feutre sur page de cahier - 17 X 22 cm (série de 28 dessins)

carbone et sérigraphie sur papier - 50 X 70 cm (série de 8 dessins)

carbone et sérigraphie sur papier - 50 X 70 cm (série de 8 dessins)

sérigraphie sur papier coréen - 110 X 170 cm (série de 5 dessins)

sérigraphie sur papier coréen - 110 X 170 cm (série de 5 dessins)

Publié le 1 Septembre 2014

DESSINER AU SPIROGRAPHE

Quand j'étais gamin, je m'amusais comme un petit fou avec un spirographe. C'était un engin d'une technologie hallucinante, tu faisais tournoyer ton stylo dans un ensemble de roues aux bords ondulés et cela traçait des formes circulaires qui se décalaient au fur et à mesure...

Voir se réaliser sous mes yeux de multiples formes tout en tournant le spirographe me fascine encore aujourd’hui.

La découverte d’un spirographe mécanique a provoqué ces dernières années plusieurs séries de dessins exploitant le potentiel de cet outil.

Spirographies - 2008 - stylo à bille sur papier - 50 X 65 cm (série de 10 dessins)

Spirographies - 2008 - stylo à bille sur papier - 50 X 65 cm (série de 10 dessins)

Spires - 2010 - stylo à bille sur papier - 300 X 140 cm  (dessin en 6 parties)
Spires - 2010 - stylo à bille sur papier - 300 X 140 cm  (dessin en 6 parties)

Spires - 2010 - stylo à bille sur papier - 300 X 140 cm (dessin en 6 parties)

Spirographie cercle - 2007 / 2014 - stylo à bille sur papier - 70 X 100 cm (série de 5 dessins)

Spirographie cercle - 2007 / 2014 - stylo à bille sur papier - 70 X 100 cm (série de 5 dessins)

Spirographie 9 lignes verticales - 2014 - stylo à bille sur papier - 70 X 100 cm

Spirographie 9 lignes verticales - 2014 - stylo à bille sur papier - 70 X 100 cm

Sans titre - 2014 - stylo à bille sur papier - 30 X 20 cm (série de 30 dessins)
Sans titre - 2014 - stylo à bille sur papier - 30 X 20 cm (série de 30 dessins)
Sans titre - 2014 - stylo à bille sur papier - 30 X 20 cm (série de 30 dessins)
Sans titre - 2014 - stylo à bille sur papier - 30 X 20 cm (série de 30 dessins)
Sans titre - 2014 - stylo à bille sur papier - 30 X 20 cm (série de 30 dessins)
Sans titre - 2014 - stylo à bille sur papier - 30 X 20 cm (série de 30 dessins)
Sans titre - 2014 - stylo à bille sur papier - 30 X 20 cm (série de 30 dessins)
Sans titre - 2014 - stylo à bille sur papier - 30 X 20 cm (série de 30 dessins)
Sans titre - 2014 - stylo à bille sur papier - 30 X 20 cm (série de 30 dessins)
Sans titre - 2014 - stylo à bille sur papier - 30 X 20 cm (série de 30 dessins)
Sans titre - 2014 - stylo à bille sur papier - 30 X 20 cm (série de 30 dessins)
Sans titre - 2014 - stylo à bille sur papier - 30 X 20 cm (série de 30 dessins)
Sans titre - 2014 - stylo à bille sur papier - 30 X 20 cm (série de 30 dessins)
Sans titre - 2014 - stylo à bille sur papier - 30 X 20 cm (série de 30 dessins)
Sans titre - 2014 - stylo à bille sur papier - 30 X 20 cm (série de 30 dessins)
Sans titre - 2014 - stylo à bille sur papier - 30 X 20 cm (série de 30 dessins)
Sans titre - 2014 - stylo à bille sur papier - 30 X 20 cm (série de 30 dessins)
Sans titre - 2014 - stylo à bille sur papier - 30 X 20 cm (série de 30 dessins)

Sans titre - 2014 - stylo à bille sur papier - 30 X 20 cm (série de 30 dessins)

Publié le 9 Juin 2013

Architecte : Agence Tandem+ / Maître d'ouvrage : Ministère de l'Intérieur.

1% artistique : " Marquer de son empreinte "  -  Hôtel de Police de Beauvais

Pour ce 1% artistique réalisé dans le cadre de la construction du nouvel Hôtel de Police de Beauvais ; j’ai développé un travail graphique spécifique, destiné à la surface vitrée du mur rideau du hall d’entrée du bâtiment, à partir de l’empreinte digitale surdimensionné de mon pouce droit.

Le motif de l’empreinte est ici traité avec un aspect miroir sur les deux faces du verre (dépôt de couche d'oxyde métallique précieux réalisé par l'entreprise V2S). Ainsi l’espace environnant vient à se refléter dans le motif traité en miroir alors que le reste du verre garde sa qualité de transparence, créant un jeu entre l'extérieur et l'intérieur du bâtiment.

Implantation générale du mur rideau (784 X 549 cm) / détail verre n° 25

Implantation générale du mur rideau (784 X 549 cm) / détail verre n° 25

Montage du mur rideau par l'entreprise MAP / mercredi 12 juin 2013
Montage du mur rideau par l'entreprise MAP / mercredi 12 juin 2013
Montage du mur rideau par l'entreprise MAP / mercredi 12 juin 2013
Montage du mur rideau par l'entreprise MAP / mercredi 12 juin 2013
Montage du mur rideau par l'entreprise MAP / mercredi 12 juin 2013
Montage du mur rideau par l'entreprise MAP / mercredi 12 juin 2013
Montage du mur rideau par l'entreprise MAP / mercredi 12 juin 2013
Montage du mur rideau par l'entreprise MAP / mercredi 12 juin 2013
Montage du mur rideau par l'entreprise MAP / mercredi 12 juin 2013
Montage du mur rideau par l'entreprise MAP / mercredi 12 juin 2013
Montage du mur rideau par l'entreprise MAP / mercredi 12 juin 2013
Montage du mur rideau par l'entreprise MAP / mercredi 12 juin 2013
Montage du mur rideau par l'entreprise MAP / mercredi 12 juin 2013
Montage du mur rideau par l'entreprise MAP / mercredi 12 juin 2013
Montage du mur rideau par l'entreprise MAP / mercredi 12 juin 2013
Montage du mur rideau par l'entreprise MAP / mercredi 12 juin 2013

Montage du mur rideau par l'entreprise MAP / mercredi 12 juin 2013

Quel est l’homme qui n’a pas rêvé marquer son époque en laissant son empreinte sur celle-ci ? D’aussi loin que remonte l’origine de l’humanité, l’homme a cherché à laisser une trace de son passage. Et c’est pourquoi l’on retrouve régulièrement et à différentes époques, les traces de mains d’anonymes ou non sur différents supports.

C’est cette même volonté de traverser le temps qui motive les artistes dans leurs soucis de produire des oeuvres qui deviendront pérennes. Et c’est cette même intention qui m’a animé dans ce choix de travailler à partir du dessin de mon empreinte.

Ainsi, cette volonté en tant qu’artiste de “Marquer de son empreinte “ physiquement un bâtiment publique qui n’est autre qu’un Hôtel de Police, revêt ici un caractère tout particulier de par la nature et la fonction du bâtiment lui-même.

Différentes vues du 1% artistique (Photos : Irwin Leullier)

Différentes vues du 1% artistique (Photos : Irwin Leullier)

Marquer de son empreinte

L’identification par le biais des empreintes digitales remonte à la plus haute antiquité. Les potiers babyloniens, il y a plus de six mille ans, signaient déjà leur œuvres en y imprimant la marque d’un de leurs doigts. Dans les temps modernes, au XVIIe siècle, l’humaniste hollandais Govert Bidloo a été un des premiers à réaliser des dessins d’empreintes digitales, à mi-chemin entre œuvres d’art et planches d’anatomie. Alphonse Bertillon, au début du XXe siècle, impose la dactyloscopie en criminologie, technique qui perdure malgré la place croissante prise par les empreintes génétiques. L’œuvre Marquer de son empreinte d’Olivier Michel se situe à l’intersection de ces trois types de considérations. Elle est signature, elle est œuvre d’art et elle est dactylogramme. Cette triple lecture est mise en abîme, en sens inverse, pour qui aborde le nouvel Hôtel de police de Beauvais.

À distance, le visiteur reconnaît le bâtiment, dont la fonction de service public est clairement identifiée. Son caractère fonctionnel est évident, tout comme l’est son intégration dans son environnement immédiat. Le dactylogramme renforce ou confirme, pour qui ne saurait pas lire, l’idée que nous sommes bien dans un lieu où la dactyloscopie fait partie de l’attirail des techniques utilisées.

En se rapprochant, le dessin s’impose comme œuvre d’art, dans une ambiguïté subtile, résultant de l’alternance des zones transparentes et réfléchissantes du support. On y lit la forme de l’empreinte digitale de l’artiste, démesurément agrandie, quadrillée par une ossature métallique qui évoque le rôle des barlotières dans les vitraux. Le subjectile transparent et réfléchissant permet de deviner, de façon indistincte, ce qui se passe à l’intérieur du bâtiment mais reflète aussi le monde extérieur. Trois niveaux d’images se superposent donc, transformant la paroi en membrane semi-perméable. Marquer de son empreinte matérialise ainsi cet inframince, cher à Duchamp, cette limite, plus ou moins palpable, entre un dehors et un dedans. Chez Olivier Michel, elle a une évidente matérialité, également physique – on se casse le nez si l’on veut traverser le mur-rideau – et psychique – l’image de l’empreinte impose sa présence –.

Plus près du verre, le visiteur ne perçoit plus la structure globale du dessin. Il ignore aussi qu’il s’agit d’une forme d’appropriation des lieux par l’artiste, en ce que c’est sa propre empreinte digitale qui marque le bâtiment. En revanche, entre les stries, au cœur des minuties, l’observateur découvre tout un univers qui est la signature unique, inimitable, d’Olivier Michel. Son dessin, sinueux et obsessionnel, évoque les processus de développement cellulaires ou cristallographiques, la structure d’un dépôt de givre sur une vitre, avec leurs défauts, leurs aléas, qui modifient la multiplication du schème générateur. À Beauvais, le motif répliqué appartient plutôt à l’univers cellulaire, végétal ou animal, dont les règles de croissance auraient été dictées par un ADN entièrement défini par l’artiste. Les replis de l’empreinte digitale révèlent ainsi des empreintes génétiques : une étonnante mise en perspective de l’évolution des techniques de la criminologie. Plus il observe les motifs, plus le spectateur est incité à se demander s’il n’y a pas quelques chose à découvrir plus en avant, en pénétrant dans les interstices de ces sinuosités vermiculaires. Nouvelle mise en abîme, dans un vortex absorbant qui fait penser aux homothéties des figures fractales.

On le voit, Marquer de son empreinte n’a rien d’anecdotique ni d’accidentel. Ce n’est pas, non plus, une œuvre de circonstance. Son intégration au bâtiment répond à des exigences formelles et conceptuelles, strictes et réfléchies, qui ne doivent rien au hasard ni aux caprices d’une inspiration artistique délirante. Elle pousse quiconque approche l’Hôtel de police de Beauvais à s’arrêter devant ce miroir simultanément présent et fuyant, solide pour le corps et perméable au regard, personnel et universel, sécurisant pour la personne physique mais aspirant son esprit dans une vertigineuse spirale… Que demander de plus à une œuvre d’art destinée à l’espace public ?

Louis Doucet, septembre 2013