En toile de fond

Publié le 14 Novembre 2012

En toile de fond - 2001 / projection vidéo couleur sur toile (210 X 280 cm), muet, 6' en boucle

En toile de fond - 2001 / projection vidéo couleur sur toile (210 X 280 cm), muet, 6' en boucle

"Avec le dispositif d'En toile de fond : le spectateur se trouve devant un châssis toilé blanc sur lequel est projeté une personne échelle un, en l'occurrence l’artiste lui-même, qui recouvre de blanc l’ensemble du support. Derrière cette réserve créée, l’artiste en vient peu à peu à disparaître, absorbé par le fond, laissant place au blanc de la toile... pour dans un second temps, tout doucement réapparaître,.

Piégé dans le cadre de la toile, le corps de l’artiste n’en sortira jamais et ne cessera de travailler, apparaissant et disparraissant derrière le flux incessant de son geste. Projeté en boucle, cet acte enregistré en vidéo ne laisse aucune trace tangible sur son support, ne révélant que du vide."

Images tirées de la vidéo

Images tirées de la vidéo

Olivier Michel “En toile de fond” - Texte de Mathilde Roman

Parmi les boucles tracées, griffonnées, entrecroisées qui sillonnent l’oeuvre d’Olivier Michel, il en est qui prennent forme indéfinément sous nos yeux, au sein de dispositifs vidéos. En s’appropriant très vite cet outil, Olivier Michel a saisi la profonde complicité qui le relie à sa pratique du dessin, où le mouvement de la main s’incarne dans des formes excédant toujours, par la densité et l’impression d’infini qui s’en dégagent, ce que l’on a sous les yeux.

“En toile de fond” est un de ces dispositifs qui joue sur la confusion : entre deux espaces, le réel et le virtuel, entre le temps d’une action et celui de sa répétition, entre l’acte de peindre et celui de rendre visible. Sur une toile disposée contre un mur, une vidéo projette l’artiste en train de recouvrir de blanc une vitre, disparaissant peu à peu derrière la peinture avant de réapparaître en l’effaçant. Le corps se soustrait à l’image en lui donnant une consistance par la blancheur, qui s’achève avec l’unification de la toile de fond et de la matière vidéo projetée. L’action débouche ainsi sur une surface vierge qui semble être celle de la toile posée devant nous, avant que la dualité se révèle à nouveau par le geste d’effacement qui dissocie l’image projetée de la toile de fond. L’espace fictionnel réapparaît alors, dissociant les temporalités de l’action et du spectateur observant l’artiste qui émerge devant lui de la virginité de la toile.

La mise en boucle de l’ensemble crée une situation de fascination où les gestes circulaires d’Olivier Michel semblent ne jamais pouvoir se résoudre ni s’arrêter. L’action minimale, qui fait écho à de nombreuses performances vidéo de Bruce Nauman ou de Peter Campus, est un moyen de manier l’illusoire et l’absurde de la création perpétuelle en les inscrivant au coeur même de l’acte artistique. Le titre affirme la légèreté ironique qui traverse cette oeuvre comme la plupart des installations vidéos d’Olivier Michel, où il ne cesse de prendre plaisir à jouer avec les perturbations optiques et les réflexes du spectateur face à l’image animée. Saisi, piégé mais surtout amusé, le spectateur ne s’échappe de ces cycles sans fin que pour se retrouver pris dans d’autres mailles échappées d’une oeuvre captivante.

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